Distinctions / Prix

Patricia Davidson : scientifique et pédagogue !

La post-doctorante Patricia Davidson étudie comment ces cellules malines (et malignes !) se faufilent à travers le corps pour former une métastase ailleurs. Le 17 novembre elle a été doublement honorée lors des Journées Jeunes chercheurs de la fondation ARC : le prix Helene Starck pour la qualité de sa présentation scientifique et 2e pour le prix Kerner pour sa capacité à rendre accessible ses recherches.

Patricia DavidsonEn arrivant à l’Institut Curie dans l’équipe Biomimétisme du mouvement cellulaire dirigée par Cécile Sykes (CNRS/UPMC/Institut Curie), Patricia Davidson, post-doctorante spécialiste de la microfluidique, s’est tout de suite enthousiasmée pour les opportunités offertes dans un institut dédié à la recherche sur le cancer. « Dès mon arrivée, j’ai été mise en contact avec l’immunologiste Eliane Piaggio. Son équipe a isolé des cellules issues de ganglions de patients atteints du cancer du sein. J’ai tout de suite été très intéressée par ces lignées qui représentent une étape intermédiaire entre les cellules de tumeur primaire et les cellules issues de tumeur métastatique. En plus, la présence de l’hôpital nous permet d’avoir accès à des tissus et des cellules de patients, ce qui est vraiment une richesse. »

Microfluidique et cancer : un mélange idéal à Curie
Grace aux puces microfluidiques, des sortes de micro-labyrinthes, Patricia a mis en évidence qu’en réduisant la rigidité du noyau de cellules normales, elles traversent des orifices micrométriques plus facilement. En collaboration avec des chercheurs de l’équipe du chirurgien-chercheur Fabien Reyal, elle étudie maintenant la migration de cellules cancéreuses à travers ses micro-labyrinthes. Les résultats préliminaires indiquent que les cellules issues de métastases (poumon, ganglions) déforment leurs noyaux plus facilement que les cellules issues de la tumeur primaire (sein).

La mécanique du noyau : un facteur limitant la migration de cellules métastatiques
Ces résultats sont très prometteurs, mais maintenant la jeune chercheuse veut en savoir plus : les cellules métastatiques ont-elles des noyaux moins rigides, ou sont-elles capables d’exercer plus de forces sur leurs noyaux ? Pour répondre à cette question, Patricia a développé un système microfluidique imitant les micropipettes d’aspiration, ce qui permet d’évaluer les propriétés mécaniques des noyaux. En parallèle, elle étudie les protéines qui forment le lien mécanique entre le noyau et le cytosquelette. Elle a déjà mis en évidence que les cellules tumorales issues de ganglions ont des forts taux de nesprines géantes, qui relient le noyau directement à l’actine. Ces taux élevés pourraient permettre de transmettre plus de forces au noyau lors de la migration.

Ouverture vers la recherche translationnelle
Ces puces microfluidiques permettent de reconnaitre les cellules qui migrent plus facilement, et qui pourraient donc être plus aptes à former des métastases. En parallèle, elles peuvent être utilisées pour tester des drogues qui pourraient réduire la migration des cellules en 3-D. Patricia espère maintenant utiliser ses puces pour identifier des drogues qui pourraient avoir un effet sur la migration en 3-D.  « La plupart des drogues sont testées sur les cellules cancéreuses pour voir si elles les tuent. Or, il faut se rappeler que le taux de survie à 5 ans d’un cancer du sein localisé et de 99%. Si je peux trouver des drogues qui empêchent la migration des cellules hors des tumeurs primaires, nous pourront rester dans les 99% même si on ne tue pas les cellules de la tumeur primaire. Ça serait vraiment très intéressant !»

L’art de la pédagogie
En plus d’être reconnue pour ses travaux scientifiques, Patricia a obtenu la deuxième place du prix Kerner, qui récompense les travaux de vulgarisation scientifique. L’article qu’elle a rédigé a été sélectionné par un jury de journalistes de la presse scientifique. Et ce n’est pas la première fois que Patricia se prête au jeu de la vulgarisation scientifique. Lors de son premier postdoc aux Etats-Unis, elle a participé à la rédaction d’un blog et présenté les nouveautés de la recherche sur le cancer à un groupe de patients atteints du cancer. « Cette expérience a eu un profond effet sur ma réflexion sur ma recherche. Ça m’a permis de comprendre que mon travail n’est pas simplement de la recherche, mais peut réellement avoir un impact important sur la vie des patients. J’aimerai beaucoup mettre un programme similaire en place à Curie, je pense que ça peut vraiment aider les patients à avoir une meilleure maitrise sur leur maladie, et ça aide les jeunes chercheurs à comprendre l’impact de leurs travaux. »

Des outils bientôt ouverts à tous
Heureusement, la suite du projet est bien assurée. L’équipe de Patricia vient d’obtenir, en collaboration avec l’équipe de Fabien Reyal, une bourse PIC3i. « Mes puces microfluidiques intéressent beaucoup de personnes qui voient qu’elles pourraient être utiles pour leurs projets. Un des objectifs du PIC3i est de développer une plateforme où les utilisateurs pourront venir faire leurs propres mesures, » explique Patricia. Alors, à bientôt pour de nouvelles aventures dans les labyrinthes microfluidiques !