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Hommage au Dr Armand Tavitian emporté dans la tourmente du COVID-19

Armand Tavitian

Armand était Docteur en médecine et Docteur en sciences. Il était de cette génération de chercheurs qui ont vu l’éclosion et l’explosion de la biologie moléculaire fondatrice de la médecine moléculaire moderne. La curiosité scientifique ayant pris l’ascendant, Armand consacrera sa vie  à la Recherche.

Comme chercheur et scientifique, Armand a grandi dans l’aura du Docteur Jean Bernard, hématologiste et cancérologue qui a porté l’hématologie française à une notoriété internationalement reconnue.  A l’hopital Saint Louis, Jean Bernard fonda en 1960 un Institut de recherche en hématologie, le centre Georges Hayem pour s’attaquer à la question de la nature cancéreuse des leucémies. Cet institut a constitué une pépinière de laboratoires de recherche en hématologie expérimentale et Armand en fut une jeune pousse.

De retour d’un Post-Doc de 2 ans à New York, dans le laboratoire du Professeur G. Acs à l’Institute for Muscle Disease où il s’est initié aux stratégies de virologie moléculaire, Armand devient Directeur de Recherche à L’Inserm et fonde une équipe de recherche en virologie moléculaire au Centre Hayem. En 1981, il prend la direction à la Faculté de Médecine de Villemin Lariboisière-Saint-Louis, de l’unité Inserm U248 « Génétique et expression des oncogènes » dont l’objectif était la compréhension des mécanismes moléculaires des processus d’oncogenèse. Cette unité, devenue U528 « Transduction du signal et oncogenèse », est accueillie en 1995  à l’Institut Curie. Armand en assurera la direction jusqu’en 1996 et  Jean de Gunzburg lui succèdera.

Son laboratoire permettra l’épanouissement d’une génération de jeunes chercheurs brillants qui y feront des découvertes décisives. Pierre Chardin, qui nous a quittés en septembre 2019, a pu, en particulier, y démontrer l’hypothèse avant-gardiste à l’époque, que l’oncogène RAS n’était que le premier membre d’une vaste famille de protéines.  Ont ainsi été identifiées et caractérisées dans le laboratoire d’Armand, les premières protéines RAL, RAB, RAP et RHO qui  ont formé la superfamille des protéines RAS forte aujourd’hui de plus d’une centaine de membres. Ces petites GTPases  sont des acteurs majeurs de la signalisation intracellulaire et Armand, avec les équipes de Jacques Camonis et Jean de Gunzburg contribuera largement à établir leur rôle central dans la physiologie de la cellule et leurs implications dans de multiples pathologies, en premier lieu le cancer. Aux yeux de la communauté scientifique internationale,  Armand restera un des pères fondateurs de cette famille de protéines.

Armand a toujours gardé beaucoup d’affection et de curiosité pour la virologie. Au sein de l’unité, l’équipe dirigée par Françoise Moreau-Gachelin travaillait sur le modèle murin des érythroleucémies aigües provoquées par le virus de Friend. Il aura contribué à la découverte par cette équipe,  de l’oncogène Spi-1 et à la compréhension de son rôle dans ce processus leucémique. Spi-1 est un facteur de transcription et un régulateur clef de la myélopoièse normale, sa dérégulation dans le proérythroblaste faisant de lui un oncogène. Autour de ce modèle d’étude d’un processus oncogénique provoqué par un virus, Armand ne manquait pas une occasion de partager ses connaissances et d’évoquer son histoire de jeune virologue.

Armand était un homme bienveillant, toujours à l’écoute des membres de son unité. Ceux qui ont passé de longues années dans son laboratoire se souviennent d’un climat de sympathie, d’entraide et de discussions si fertile pour les travaux des équipes. Cette richesse humaine était tellement évidente qu’elle fut relevée par les commissions d’expertise et d’évaluation. Armand avait aussi une vraie capacité à retenir les étudiants passionnés et créatifs en leur fournissant un contexte optimum de travail et de réflexion.

Au-delà de sa compétence scientifique, la gentillesse, la générosité et le sourire d’Armand étaient appréciés de la communauté scientifique. Il était un fervent défenseur de l’Inserm et a participé à la vie de l’Institut en présidant la CSS1 de l’Inserm. Il fut également directeur scientifique du Cancéropole Ile de France en 2010.

Ce fils d’immigrés arméniens était aussi un fervent promoteur de collaborations scientifiques internationales. Ainsi, il établira à partir de 1984, une collaboration active avec un des meilleurs laboratoires de Russie consacré à l’oncogenèse, à l’Institut Blockhine de Moscou, dirigé à l’époque par son collègue et ami Alexandre Tatosyan. A. Tatosyan fera de nombreux séjours dans l’U248 et après avoir quitté la direction de son unité, Armand passera un an à l’Institut Blockhine. Armand accueillit aussi le Professeur Lev Kisseliov qui bénéficiera d’une chaire Mayent-Rotschild pour constituer une équipe et travailler à l’Institut Curie pendant deux ans.

Né à Vienne (Isère) le 8 mai 1931 de parents réfugiés, sa langue maternelle était l’arménien. Il a appris le français à l’école publique et tirait une grande satisfaction de sa maîtrise des arcanes de la langue française. Armand était marié depuis 62 ans avec Catherine et ils ont eu cinq fils. Son regard s’éclairait quand il parlait de ses enfants et de leurs « réussites », une fierté qui ne le quittait pas.

Françoise Moreau-Gachelin, Jacques Camonis, Jean de Gunzburg, Bruno Goud et Gérard Zalcman.