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Le double jeu des substances oxydantes

Filippo Del Bene, chef de l’équipe Développement des circuits neuronaux. Chargé de recherche INSERM.

Les dérivés réactifs de l’oxygène ont mauvaise réputation. Ces substances oxydantes, notamment les radicaux libres pour les plus connues, sont associées au stress, au vieillissement, à certains cancers… Pourtant, ces molécules prennent aussi part au métabolisme normal des cellules. Comme le montrent de récents travaux menés à l’Institut Curie.

Les preuves du rôle indispensable des dérivés réactifs de l’oxygène à certaines fonctions biologiques commencent à s’accumuler. Mais les études in vivo demeurent rares. C’est pourquoi les découvertes des chercheurs de l’Institut Curie dans ce domaine leur ont valu une publication dans la prestigieuse revue scientifique Developmental Cell. Dans le laboratoire de Filippo Del Bene, Shahad Albadri et ses collègues viennent en effet de mettre en évidence l’importance des niveaux de peroxyde d’hydrogène (le composant actif de l’eau oxygénée) dans la formation de l’œil. Lors du développement de cet organe dans l’embryon, pour que les cellules à l’origine de la rétine cessent leur multiplication et se transforment finalement en cellules matures nécessaires à la vision, elles ont besoin d’un certain niveau de peroxydation des lipides qui doit être finement régulé. Cette réaction chimique entre le peroxyde d’hydrogène et les acides gras produit en partie un dérivé, l’acide 9-hydrostéarique (9-HSA). Dans leur étude, les chercheurs ont démontré qu’in vivo, le 9-HSA agit comme un messager capable de moduler l’action d’autres molécules intervenant dans la prolifération des cellules. En diminuant le taux de peroxyde d’hydrogène dans les cellules précurseurs de l’œil d’un animal-modèle, le poisson-zèbre, les chercheurs sont parvenus à avancer leur différenciation. Ces résultats soulignent ainsi le rôle physiologique de cette substance oxydante durant la formation de la rétine au cours du développement embryonnaire.

Par ailleurs, il faut aussi savoir que le 9-HSA a été retrouvé dans des tumeurs humaines et, plus il y était abondant, moins les cellules cancéreuses proliféraient. Ainsi, la compréhension fine de son action et de sa place dans un ensemble de molécules qui régulent la multiplication des cellules est essentielle, aussi bien pour nos connaissances fondamentales sur le vivant que pour nos tentatives pour contrer les mécanismes du cancer.

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