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De la biologie des radiations à l’innovation thérapeutique

Uriel Chantraine/Institut Curie

La biologiste Marie Dutreix organise à l’Institut Curie le congrès international Marie-Sklodowska-Curie, pour le réseau académique européen Radiate. Il se tient aujourd’hui le 12 octobre 2018 sur le thème « de la biologie des radiations à l’innovation thérapeutique ». Entretien croisé avec cette spécialiste des radiations et Charles Fouillade, ingénieur de recherche dans son équipe.

Près de 100 ans après les premiers traitements par rayonnements, expérimentés à l’Institut Curie, reste-t-il des domaines à explorer en biologie des radiations ?

Marie Dutreix : Oh que oui ! La radiothérapie d’aujourd’hui n’a plus rien de comparable à celle des débuts. Depuis leurs premières utilisations en médecine, nous avons cumulé de très nombreuses connaissances sur les effets biologiques des radiations. Mais il reste encore du chemin à faire pour que ce traitement anti-cancer soit pleinement efficace pour tous les patients, pour qu’il n’y ait plus d’effets secondaires, ni de séquelles à long terme et ce, quelle que soit la localisation ou la forme de leur tumeur. C’est pourquoi, l’Institut Curie va accueillir les plus grands spécialistes de biologie des radiations. C’est en toute logique que cette réunion internationale organisée par le réseau européen Radiate se tient dans l’institution fondée par Marie Curie, Prix Nobel pour ses travaux sur la radioactivité naturelle. Aujourd’hui, mon équipe est spécialiste de la réparation notamment de dommages causés par les radiations. Très régulièrement, nous nous retrouvons avec les sept laboratoires partenaires de Radiate pour partager nos résultats, nos problématiques et nos espoirs. Près d’un patient sur deux atteint de cancer bénéficie d’une radiothérapie. C’est un pilier de la prise en charge en cancérologie qui constitue un axe majeur du projet d’établissement MC21. L’une des sessions du congrès est d’ailleurs consacrée à ce thème qui me tient particulièrement à cœur.
Charles Fouillade : Comme le souligne Marie, il reste des challenges à relever en biologie des radiations mais l’Institut Curie, en faisant de l’innovation en radiothérapie un axe fort de son plan stratégique, est en position de leader pour remporter ces défis. Le congrès sera l’occasion de faire le point avec les spécialistes mondiaux sur les avancées récentes en biologie des radiations, notamment l’impact de la radiothérapie sur le micro-environnement tumoral, le rôle joué par le système immunitaire dans la réponse aux radiations ou encore les nouvelles stratégies thérapeutiques pour protéger les tissus sains des effets toxiques du rayonnement.

Dans votre équipe, un bel exemple technologique sensibilisant les cellules tumorales aux radiations a permis d’initier des essais cliniques. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Marie Dutreix : Issues d’inhibiteurs de la réparation de l’ADN, de petites molécules ont été conçues par l’équipe et sont désormais testées en cliniques par la société partenaire Onxeo. Dès lors que l’on comprend les différents acteurs et étapes du mécanisme de réparation, les scientifiques cherchent à les bloquer, les détourner pour mettre au point de nouvelles thérapies, plus efficaces, provoquant moins d’effets secondaires. Modifier le micro-environnement de la cellule tumorale en l’asphyxiant par exemple est une piste que les spécialistes explorent comme Mark Dewhirst ou Ester Hammond.
Charles Fouillade : Dans l’équipe, nous menons également des recherches sur une nouvelle technique d’irradiation dite Flash qui diminue l’effet toxique de la radiothérapie sur le tissu sain. Initialement mise au point à l’Institut Curie par Vincent Favaudon il y a une dizaine d’années, cette technique prometteuse fait aujourd’hui l’objet de programmes de recherche dans des universités comme Stanford ou Columbia aux Etats-Unis. Après un premier congrès FLASH organisé à l’Institut Curie, nous nous sommes retrouvés le mois dernier à Lausanne (Suisse) pour une 2ème édition. Cela a été l’occasion de discuter des derniers résultats avec nos collègues physiciens, chercheurs et radiothérapeutes travaillant sur cette nouvelle technique et de souligner l’intérêt grandissant de la communauté internationale pour la radiothérapie Flash. Certaines équipes réfléchissent déjà à de futurs essais cliniques.

Et qu’en est-il de l’immunothérapie ?

Charles Fouillade : L’immunothérapie est actuellement en plein essor et de plus en plus d’essais cliniques associant immunothérapie et radiothérapie voient le jour dans les grands centres internationaux de lutte contre le cancer. Ce domaine de recherche est encore relativement récent ; l’intérêt des radiothérapeutes et des chercheurs est toutefois grandissant. Preuve en est la session qui lui est consacrée lors du congrès Marie-Sklodowska-Curie avec les présentations d’experts internationaux comme Andy Minn (Université de Pennsylvanie, Etats-Unis) et Mark de Ridder (Université Vrije de Bruxelles, Belgique).

Marie Dutreix : En conclusion, j’estime que pour une thérapie de plus de 100 ans, la radiothérapie ou devrait-on dire les radiothérapies bénéficient d’un foisonnement d’innovations qui devraient leur permettent d’être encore plus efficaces, ciblées et respectueuses de l’intégrité corporelle et fonctionnelle des patients atteints de cancer.

Plus d’infos sur : International Marie Sklodowska-Curie Meeting: From Radiation to Innovation in Medicine