Actualités

Des chercheurs décryptent le langage des cellules immunitaires

Capture

Pour défendre notre organisme contre les agents pathogènes ou les cellules cancéreuses, les cellules immunitaires doivent travailler de concert. Cette collaboration implique une communication sans faille entre ces cellules. Mais celle-ci est encore méconnue des scientifiques.

Une étude dirigée par Vassili Soumelis au sein de l’unité Immunité et Cancer de l’Institut Curie, permet de mieux comprendre les stratégies de communication utilisées par le système immunitaire. Les résultats sont publiés dans la prestigieuse revue Cell ce 3 octobre.

Pour expliquer ce travail de recherche fondamentale, le chercheur le compare à la linguistique. « Dans tout langage, il y a des règles grammaticales à respecter, explique-t-il. Et la hiérarchie des mots dans une phrase est ce qui lui donne un sens. C’est ce que nous avons essayé de déchiffrer. »

Les chercheurs ont étudié les cellules dendritiques, les cellules immunitaires chargées de détecter les intrus et alerter le système immunitaire, et les lymphocytes T, les bras armés du système immunitaire qui obéissent aux ordres des cellules dendritiques. Elles jouent un rôle clé dans la réponse antitumorale. « Jusqu’à présent, les équipes qui étudiaient le dialogue entre ces cellules s’intéressaient à une seule molécule à la fois. Autrement dit, elles ne s’intéressaient qu’à un seul mot et ne se préoccupaient pas des autres mots qui composent la phrase », indique le chercheur. La compréhension de la communication intercellulaire était donc partielle.

Les chercheurs ont donc décidé d’étudier simultanément 36 molécules produites par les cellules dendritiques pour activer les lymphocytes T, mais aussi les 17 molécules sécrétées par ces derniers lors de leur réponse. En parallèle, ils ont conçu un modèle mathématique qui permet de prédire les réactions des lymphocytes en fonction des multiples signaux émis par les cellules dendritiques.

« Nous avons découvert que la présence de certaines molécules entraînait toujours la même réaction immunitaire. En revanche, certains signaux changent de signification en fonction de la présence d’autres molécules, ce qui induit des réponses lymphocytaires différentes », décrit Vassili Soumelis. Déchiffrer cette complexité a été le fruit du travail de trois jeunes chercheurs de l’équipe, Maximilien Grandclaudon et Coline Trichot, immunologistes, et Marie Perrot-Dockes, biostatisticienne, une difficulté étant de combiner les approches expérimentales et la modélisation mathématique.

La compréhension plus fine de cette communication permettrait d’identifier de nouvelles cibles thérapeutiques. En effet, il serait possible de bloquer les molécules qui empêchent les lymphocytes T de tuer les cellules cancéreuses. Une approche qui permettrait d’améliorer l’efficacité des vaccins thérapeutiques ou de l’immunothérapie.