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Rendez-vous avec les télomères

Du 19 au 21 octobre, l’institut Curie accueillera un grand congrès sur le thème des télomères. Initié par l’équipe télomères et cancer (CNRS/Institut Curie) ce grand rendez-vous aura notamment l’honneur des présences de Titia de Lange, Maria Blasco, Roger R. Reddel et Eric Gilson. C’est l’occasion de revenir avec son chef d’équipe, Arturo Londono-Vallejo, sur l’actualité de cette portion d’ADN.     

Quels sont les connaissances actuelles sur le rôle des télomères dans une cellule ?
A. L-V. / Les télomères sont des structures essentielles pour la stabilité du génome. Ils permettent la réplication des extrémités chromosomiques tout en empêchant les fusions entre chromosomes. Il s’agit des structures extrêmement dynamiques, qui raccourcissent au fur et à mesure des divisions cellulaires.

Lorsque les télomères sont trop courts, une signalisation est mise en route pour commander l’arrêt de la prolifération cellulaire, déterminant ainsi l’entrée de la cellule en sénescence. Dans certaines cellules somatiques ce raccourcissement est retardé ou évité grâce à l’activité de la télomérase, l’enzyme spécialisée dans l’élongation des télomères. Cependant, la grande majorité des cellules somatiques n’ont pas d’activité télomérase si bien que les télomères raccourcissent avec l’âge et l’accumulation de cellules sénescentes dans les organes contribue aux manifestations de vieillissement humain. Cette sénescence est un mécanisme anti-tumoral très puissant car il impose une limitation dans la prolifération cellulaire. Dans les cellules dans lesquelles le mécanisme d’arrêt de la prolifération ne fonctionne pas, les télomères continuent de raccourcir provoquant ainsi des fusions chromosomiques et une déstabilisation du génome avec comme conséquence ultime la mort cellulaire. Il s’agit là d’une deuxième barrière à la prolifération et donc à la tumorigenèse. Pour échapper à cette mort et assurer une capacité de prolifération indéfinie, les cellules tumorales re-acquièrent une activité télomérase. Dans ces conditions, c’est l’instabilité génomique qui précède cette réactivation qui contribue à la transformation cellulaire et à l’acquisition de phénotypes tumoraux. Les télomères ont donc un double impact : d’une part, leur raccourcissement nous protègent des cancers tout en promouvant le vieillissement ; d’autre part l’instabilité génétique due aux télomères et leur allongement par la télomérase contribuent au développement des cancers.

Enfin, les télomères jouent vraisemblablement d’autres rôles moins bien compris. Ils pourraient participer à l’organisation tridimensionnelle du génome et aux relations qui existe entre génome et enveloppe nucléaire ainsi qu’aux échanges d’information entre noyau et cytoplasme. Le nombre de protéines et complexes protéiques identifiés comme interagissant avec les télomères ou ayant un impact sur la fonction télomérique va croissant, ouvrant ainsi la possibilité que ces structures, les plus dynamiques du génome, interviennent dans des nombreux réseaux de signalisation.

 

Quelles sont les perspectives de traitements contre les cancers liés aux fonctionnement des télomères ?
A. L-V. / La découverte de la télomérase dans les années 90 a fait naître beaucoup d’espoirs dans la mise au point des molécules capables de bloquer son activité et d’empêcher ainsi les cellules tumorales de proliférer indéfiniment. Malgré le développement de rares molécules à potentiel thérapeutique, les résultats restent à ce jour assez décevants. Ensuite, un intérêt est apparu dans le développement des molécules qui ciblent les télomères eux-mêmes, notamment en stabilisant de structures secondaires formées par les séquences télomériques. En fait, ces molécules ne sont pas spécifiques des télomères et ciblent aussi des structures similaires formées ailleurs dans le génome. Il donc important de bien comprendre les effets de ces molécules, dont certaines ont été développées à l’institut Curie, avant de savoir si elles seront utiles dans le traitement anticancéreux.

 

Ce meeting est le premier grand rendez-vous sur ce thème en Europe. Quel est l’objectif de cet événement ?
A. L-V. / Le congrès « Telomere Biology in Health and Disease » est le premier grand événement sur le thème des télomères organisé à Paris. Notre but est de familiariser avec la recherche sur les télomères un public peu exposé à cette thématique. Il sera l’occasion d’échanges internationaux avec des personnalités prestigieuses de la recherche sur les télomères à niveau mondial. Enfin, cela permettra aussi de mieux faire connaître l’Institut Curie par cette communauté avec l’espoir de voir des contacts et collaborations apparaître entre groupes qui n’ont pas l’habitude de se côtoyer par ailleurs.

 

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