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Orienter nos monocytes pour détruire le cancer

Une des forces du cancer provient de l’inaptitude de notre système immunitaire à détruire les cellules tumorales. La recherche en immunothérapie compte bien déjouer ce phénomène. Elodie Segura, chercheuse de l’unité immunité et cancer, a apporté des précisions sur la différenciation de certaines de nos cellules immunitaires qui pourrait permettre de nouvelles voies thérapeutiques.

Immunity Article SeguraLes monocytes sont des cellules immunitaires spécialisées dans les réponses inflammatoires. Lorsqu’ils infiltrent les tissus enflammés, y compris les tumeurs, les monocytes se différencient en deux types de cellules de défense : cellules dendritiques ou macrophages.

Macrophages
Dans un environnement tumoral, ces macrophages dérivés de monocytes inhibent les réponses immunitaires anti-tumorales et promeuvent la croissance de nouveaux vaisseaux sanguins, l’angiogenèse, favorisant l’invasion tumorale et les métastases. La présence de ces macrophages est associée à un mauvais pronostic chez des patients avec des tumeurs solides.

Les cellules dendritiques
Les cellules dendritiques inflammatoires, dérivées de monocytes, sont quant à elles impliquées dans les maladies inflammatoires, telles que la polyarthrite rhumatoïde, la maladie de Crohn ou le psoriasis, où elles amplifient l’inflammation et activent les lymphocytes T responsables des dommages tissulaires.

Ainsi, bloquer la différenciation des monocytes en macrophages ou en cellules dendritiques, selon le contexte, apparaît comme une stratégie thérapeutique prometteuse pour le cancer et les maladies inflammatoires. Cependant, cette approche souffre d’un manque de cibles moléculaires car les mécanismes régulant la différenciation des monocytes demeurent mal connus.

Afin d’étudier cette question, l’équipe présentation antigénique dans les cellules dendritiques (Inserm, Institut Curie) a développé un nouveau modèle de différenciation des monocytes humains in vitro. Ils ont ainsi pu identifier plusieurs régulateurs clés de la différenciation des monocytes, et montré que ceux-ci s’orientaient vers une différenciation soit en cellules dendritiques soit en macrophages en fonction des signaux qu’ils recevaient de leur environnement. En particulier, ils ont découvert que certaines molécules produites par la flore intestinale jouent un rôle majeur dans la différenciation des monocytes. Ces résultats ouvrent la voie à de nouvelles approches pour manipuler la différenciation des monocytes dans la perspective d’applications thérapeutiques, en particulier dans le cancer.

Ces travaux ont été publié dans la prestigieuse revue Immunity.