Nomination

3 questions au nouveau directeur d’unité, Pierre Léopold

Int Leopold et Heard

Le biologiste Pierre Léopold a succédé au 1er janvier 2019 à Edith Heard à la tête de la direction de l’Unité biologie et génétique du développement du Centre de recherche de l’Institut Curie.

  • Pierre Léopold, vous venez de l’université Côte d’Azur de Nice, racontez-nous les raisons de votre arrivée à l’Institut Curie ?
    Je dirigeais auparavant l’équipe Génétique et physiologie de la croissance de l’Institut de Biologie Valrose à Nice. Edith Heard m’avait proposé de reprendre la direction de son unité il y a quelques années déjà. J’étais très attiré par cette proposition, tant pour la qualité de la recherche effectuée dans cette unité et l’énergie insufflée par Edith Heard, que par la possibilité de rejoindre l’Institut Curie et sa très forte ambition de recherche, mais le timing n’était pas le bon. Quatre ans plus tard, avec un nouveau contrat ERC en poche, cela devenait possible et j’ai décidé de franchir le pas, fortement soutenu par Edith et la direction du Centre de Recherche.
  • Quelle est votre vision de l’Institut Curie ? 
    Avant d’arriver ici, je considérai déjà cette unité de recherche comme l’une des plus attractives en France pour faire de la recherche en biologie de très haute qualité avec un dynamisme fort généré par l’environnement propre à l’Institut Curie. Avec moins de dix équipes, ce qui reste une taille modeste, l’Unité de génétique et de biologie du développement (Inserm U934/CNRS UMR3215/Institut Curie) bénéficie d’une forte visibilité internationale et aborde des thèmes de recherche fondamentale en biologie qui sont essentiels pour comprendre à moyen terme les dérèglements cellulaires et physiologiques conduisant aux maladies.
    Avec Yohanns Bellaïche, directeur adjoint, nous avons la forte ambition de consolider la position de leader de cette unité dans le contexte international, en particulier en développant des approches liées à la physiologie et aux contrôles systémiques qui jouent des rôles clés dans les maladies humaines.
    Les autres unités et l’environnement du Centre de recherche constituent un environnement très riche et stimulant. Ici à l’Institut Curie, on sent l’énergie et les moyens qui sont mis en œuvre pour développer une recherche de niveau international. La proximité de l’hôpital et des malades est également une force. Même si les thématiques de l’unité restent très fondamentales, nos chercheurs sont intéressés par les applications médicales potentielles de leur travaux, comme c’est le cas par exemple pour les équipes de Sylvia Fre ou de Raphaël Margueron.
  • Justement, vous arrivez avec une équipe. Quels seront ses sujets d’étude ?
    Ma nouvelle équipe est constituée de cinq chercheurs post-doctorants et de deux ingénieurs d’étude. Le recrutement d’un sixième post-doc  est en cours. Et des étudiants en thèse vont également nous rejoindre.
    Nous nous intéressons à la croissance des organismes. Nous tentons de comprendre les relations entre le programme de croissance des organes et l’environnement, nutritionnel en particulier. Nous étudions également comment les différentes parties du corps communiquent entre elles pour maintenir des dimensions et des proportions propres à l’espèce. Ces recherches utilisent l’étude des communications entre les organes par le biais de molécules circulantes telles que les hormones. Evidemment, ces mécanismes hormonaux qui contrôlent la croissance sont utilisés lors du développement tumoral. Nous comptons mettre à profit notre connaissance de ces mécanismes pour mieux comprendre les relations entre les tumeurs et l’organisme hôte. Nous utilisons pour cela un modèle animal simple, la drosophile, un petit insecte qui possède un grand nombre de points commun avec l’homme et dont la génétique est très bien connue. Grâce a ce modèle, nous avons entrepris plusieurs projets sur les liens physiologiques qui existent entre la tumeur et l’organisme entier. Nous nous intéressons en particulier à la cachexie, un syndrome de fonte du tissu adipeux et des muscles rencontré dans de nombreux cancers et dont les mécanismes sont très mal compris.  Nous étudions également l’influence de l’état métabolique de l’hôte sur le développement des tumeurs. En effet, il est avéré que les personnes diabétiques ont plus de risque de développer un cancer que la population générale. Nous abordons ces mécanismes complexes grâce à l’utilisation d’un modèle animal simple comme la drosophile. La proximité des cliniciens nous permet ensuite d’envisager des passerelles avec le monde médical.